Publié par : iferhounene | 3 février 2012

Algerie: l’idéologie complique la donne politique et parasite l’identitaire par Kamel Filali

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En ce Yannayer 2962, l’idéologie complique
la donne politique et parasite l’identitaire
Par Kamel Filali (*)
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our comprendre les effets idéologiques sur
l’identité algérienne, il faut d’abord com-
prendre les effets idéologiques sur l’histoire,
car l’identité subtilisée et tronquée n’était pas seu-
lement le fait des fantasmes coloniaux. Les modèles
idéologiques inébranlables, souvent marqués par le
conservatisme hostile à toute modification au sein
du corps social, sont la traduction du marasme
identitaire qui ébranle même les élites de la «haute
culture».
L’identité algérienne tient ses sources principales
de ses conquêtes successives des dynasties arabo-
musulmanes, la mentalité et l’imaginaire algériens
en sont profondément imprégnés. L’arabisme ou
l’arabité a fini par s’imposer comme une évidence, et
nul ne pourra se reconnaître dans une autre identité
que celle de l’Islam et dans sa variante ancrée dans le
substrat arabo-berbère. L’Islam s’est imposé comme
religion,et l’arabe, même parfois incompris, comme
unique «langue» nationale. Mais ce lien affectif et
religieux à l’arabe n’exclut naturellement pas l’es-
prit de corps, qui d’ailleurs ne transcende jamais
le mythe de la généalogie commune et du charme
de l’oralité, ce vecteur essentiel de la littérature et
de l’imagerie populaire.
Sur la notion de l’oralité et de la généalogie dans la
formation des solidarités ethniques, régionales et
même professionnelles, la Açabiya d’Ibn Khaldoun
nous apprendra beaucoup de choses. En fait, l’idéo-
logie coloniale à la fin du XIXe siècle constitue non
seulement une rupture dans le temps, mais aussi
dans sa forme d’expression et d’«historisation». De-
puis, l’histoire était scindée entre le courant tradi-
tionaliste et les coteries de l’exploration coloniale
qui voulaient imprégner le passé pour maîtriser le
devenir de l’histoire et le faire tourner en faveur des
desseins impérialistes. Cette manœuvre, tendant à
subtiliser l’histoire, constitue l’un des fondements
idéologiques de «l’impérialisme».  Dès le départ,
les artisans de la colonisation de l’Algérie avaient
recoursà«l’idéologisation» des outils d’expression
traditionnels et aux «mœurs et coutumes» des so-
ciétés «indigènes» pour opérer une métamorphose
ajustée au moule stéréotypé «du droit de coloniser
et du devoir de la mission civilisatrice».
Cette grande volonté de vouloir comprendre «l’in-
digène» a poussé E. de Neveu, M. Daumas, de M.
Fabr, de E. Carrette, de C.Devaux, de Hanetaux et
Letournaux (tous officiers de l’armée coloniale) à
promouvoir l’ethnologie coloniale avec sa devise
«bien connaître pour mieux dominer». Une ethno-
logie qui fut pour longtemps une fierté de laFrance
républicaine. La création des «Bureaux arabes »,
en 1844, qui étaient en quelque sorte des centres
de collecte de données et d’informations, va per-
mettre à cette école de mettre à la disposition des
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En ce Yannayer 2962, l’idéologie complique
la donne politique et parasite l’identitaire
Par Kamel Filali (*)
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our comprendre les effets idéologiques sur
l’identité algérienne, il faut d’abord com-
prendre les effets idéologiques sur l’histoire,
car l’identité subtilisée et tronquée n’était pas seu-
lementlefaitdesfantasmescoloniaux.Lesmodèles
idéologiquesinébranlables,souventmarquésparle
conservatisme hostile à toute modification au sein
du corps social, sont la traduction du marasme
identitairequiébranlemêmelesélitesdela«haute
culture».
L’identité algérienne tient ses sources principales
de ses conquêtes successives des dynasties arabo-
musulmanes,lamentalitéetl’imaginairealgériens
en sont profondément imprégnés. L’arabisme ou
l’arabitéafinipars’imposercommeuneévidence,et
nulnepourrasereconnaîtredansuneautreidentité
quecelledel’Islametdanssavarianteancréedansle
substratarabo-berbère.L’Islams’estimposécomme
religion,etl’arabe,mêmeparfoisincompris,comme
unique «langue» nationale. Mais ce lien affectif et
religieux à l’arabe n’exclut naturellement pas l’es-
prit de corps, qui d’ailleurs ne transcende jamais
le mythe de la généalogie commune et du charme
de l’oralité, ce vecteur essentiel de la littérature et
de l’imagerie populaire.
Sur la notion de l’oralité et de la généalogie dans la
formation des solidarités ethniques, régionales et
mêmeprofessionnelles,laAçabiyad’IbnKhaldoun
nousapprendrabeaucoupdechoses.Enfait,l’idéo-
logie coloniale à la fin du XIXe siècle constitue non
seulement une rupture dans le temps, mais aussi
danssaformed’expressionetd’«historisation».De-
puis, l’histoire était scindée entre le courant tradi-
tionaliste et les coteries de l’exploration coloniale
qui voulaient imprégner le passé pour maîtriser le
devenirdel’histoireetlefairetournerenfaveurdes
desseinsimpérialistes.Cettemanœuvre,tendantà
subtiliser l’histoire, constitue l’un des fondements
idéologiques de «l’impérialisme». Dès le départ,
les artisans de la colonisation de l’Algérie avaient
recoursà«l’idéologisation»desoutilsd’expression
traditionnels et aux «mœurs et coutumes» des so-
ciétés«indigènes»pouropérerunemétamorphose
ajustée au moule stéréotypé «du droit de coloniser
et du devoir de la mission civilisatrice».
Cette grande volonté de vouloir comprendre «l’in-
digène» a poussé E. de Neveu, M. Daumas, de M.
Fabr, de E. Carrette, de C.Devaux, de Hanetaux et
Letournaux (tous officiers de l’armée coloniale) à
promouvoir l’ethnologie coloniale avec sa devise
«bienconnaîtrepourmieuxdominer».Uneethno-
logiequifutpourlongtempsunefiertédelaFrance
républicaine. La création des «Bureaux arabes »,
en 1844, qui étaient en quelque sorte des centres
de collecte de données et d’informations, va per-
mettre à cette école de mettre à la disposition des

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officiers de la colonisation, devenus des «explora-
teurs scientifiques» de l’Algérie, tout support d’in-
formations réfléchissant le passé des hommes et
des espaces conquis. Le profil du nationalisme de
l’époqueconstituéd’influencesreligieuses,endépit
del’influencestructurelledel’Islam,etsafarouche
résistance, notamment culturelle, compliquèrent
encore plus la tâche coloniale d’imprégnation de
l’identité. Le pionnier de l’ethnologie coloniale, le
capitaine (en 1837) E. de Neveu, (que nous avons
arabiséetrééditéen2005auxéditionsDaralHouda)
reconnaissait que l’histoire de cette période était
embourbéedanslemerveilleuxetnelaisserfiltrer
des réalités strictes que ce que recherchait la colo-
nisation.
De l’histoire coloniale à l’histoire nationale
En fait, jusqu’en 1930, l’étude des sociétés algé-
riennes dominée par l’ethnologie offre une vision
figéedel’histoire.Lespremiersécritshistoriquesen
tantquetelsneferontleurapparitionqu’àl’occasion
du centenaire de la colonisation qui coïncida avec
lanaissancedumouvementnational.Pourlespion-
niers du nationalisme algérien, l’histoire va servir
derecourspourrevendiqueretaffirmerl’arabitéet
l’islamité de l’Algérie. Depuis le libellé, adressé en
1834, à l’administration coloniale (qui sera publié
quelques années plus tard sous le titre du Miroir),
à travers lequel «le gentleman» Hamdane Khudja
voulait convaincre le Sénat français de la «non-co-
lonisabilité»del’Algérie(conceptformuléplustard,
dans les années 1960, par Malek Benabi), jusqu’à
l’indépendance, l’histoire apparaissant, en fait,
comme un réquisitoire négociant avec le colonia-
lisme des prérogatives et débattant de l’originalité
de la culture autochtone. Noureddine Abdelkader,
Muhammad Al Djazaïri, fils de l’Emir Abdelkader,
Tawfiq al Madani et Mouloud Kassim «mythe fon-
dateur de l’Algérie-précoloniale superpuissance»,
entre autres… furent les pionniers de cette his-
toire nationaliste de plaidoirie. Depuis, l’idéologie
nationale paralyse la dynamique de la réflexion
historique en la réduisant à l’apologie. Elle était
d’autant plus latente, voire brouillante lorsqu’elle
cohabitait avec l’idéologie socialiste et l’arabisme
des années 1970.
Discours historique et idéologie nationale
Auxpassionsnationalistes,quiestampèrentlafiabi-
litédudiscourshistorique,serelieprogressivement
l’idéologie nationale de l’unanimité, incarnée par
le parti-Etat (FLN) toujours divisé entre diverses
tendancesrivalisantlalégitimitéhistorique.Beau-
coupd’acteursdeviennentlesgriotsdecettehistoire
vernieglorieusedufaitdeleurrôlehistoriqueetde
la place prépondérante que ces derniers occupent
dansl’Etatpostcolonial.Ainsi,lediscoursd’unehis-
toire soucieuse de légitimation politique domine
touteslessphèrestribunitiennesdel’Etat.L’Etat-FLN
et ses agents ne sont pas les seuls accapareurs du
discourshistorique,dèslesannées1980,l’idéologie
nationale se trouve concurrencée par le discours
islamiste qui avait tendance à supplanter la tradi-
tion généalogique des lignées nobiliaires exaltant
les vertus des saints mythes fondateurs et de la
noblesse chérifienne. L’importance politique du
mouvement islamiste, pendant les vingt dernières
années,expliquepoursapartlebasculementdela
traditionpopulairequiserévèleparfoiscommeune
forme d’historicité spontanée, vers une tradition
extrapolée. Entre historicité et discours politique
se noue une perpétuelle complicité, une sorte de
symbiose imbriquant l’un dans l’autre.
Cetteperpétuellecomplicitésembletrouverjustifica-
tiondansunemaximed’IbnKhaldounselonlaquelle
«lapolitiqueestl’histoired’aujourd’hui,etl’histoire
estlapolitiqued’hier.»Quoiqu’ilensoit,endehors
des jeux idéologiques, l’identité algérienne résulte
d’uncumulhistoriqueaussiricheetd’uneculturalité
aussicomplexe.EtdepuisleXVIesiècle,ellen’apas
cessé de faire bon ménage, dans le Panthéon des
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la donne politique et parasite l’identitaire
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l’identité algérienne, il faut d’abord com-
prendre les effets idéologiques sur l’histoire,
car l’identité subtilisée et tronquée n’était pas seu-
lementlefaitdesfantasmescoloniaux.Lesmodèles
idéologiquesinébranlables,souventmarquésparle
conservatisme hostile à toute modification au sein
du corps social, sont la traduction du marasme
identitairequiébranlemêmelesélitesdela«haute
culture».
L’identité algérienne tient ses sources principales
de ses conquêtes successives des dynasties arabo-
musulmanes,lamentalitéetl’imaginairealgériens
en sont profondément imprégnés. L’arabisme ou
l’arabitéafinipars’imposercommeuneévidence,et
nulnepourrasereconnaîtredansuneautreidentité
quecelledel’Islametdanssavarianteancréedansle
substratarabo-berbère.L’Islams’estimposécomme
religion,etl’arabe,mêmeparfoisincompris,comme
unique «langue» nationale. Mais ce lien affectif et
religieux à l’arabe n’exclut naturellement pas l’es-
prit de corps, qui d’ailleurs ne transcende jamais
le mythe de la généalogie commune et du charme
de l’oralité, ce vecteur essentiel de la littérature et
de l’imagerie populaire.
Sur la notion de l’oralité et de la généalogie dans la
formation des solidarités ethniques, régionales et
mêmeprofessionnelles,laAçabiyad’IbnKhaldoun
nousapprendrabeaucoupdechoses.Enfait,l’idéo-
logie coloniale à la fin du XIXe siècle constitue non
seulement une rupture dans le temps, mais aussi
danssaformed’expressionetd’«historisation».De-
puis, l’histoire était scindée entre le courant tradi-
tionaliste et les coteries de l’exploration coloniale
qui voulaient imprégner le passé pour maîtriser le
devenirdel’histoireetlefairetournerenfaveurdes
desseinsimpérialistes.Cettemanœuvre,tendantà
subtiliser l’histoire, constitue l’un des fondements
idéologiques de «l’impérialisme». Dès le départ,
les artisans de la colonisation de l’Algérie avaient
recoursà«l’idéologisation»desoutilsd’expression
traditionnels et aux «mœurs et coutumes» des so-
ciétés«indigènes»pouropérerunemétamorphose
ajustée au moule stéréotypé «du droit de coloniser
et du devoir de la mission civilisatrice».
Cette grande volonté de vouloir comprendre «l’in-
digène» a poussé E. de Neveu, M. Daumas, de M.
Fabr, de E. Carrette, de C.Devaux, de Hanetaux et
Letournaux (tous officiers de l’armée coloniale) à
promouvoir l’ethnologie coloniale avec sa devise
«bienconnaîtrepourmieuxdominer».Uneethno-
logiequifutpourlongtempsunefiertédelaFrance
républicaine. La création des «Bureaux arabes »,
en 1844, qui étaient en quelque sorte des centres
de collecte de données et d’informations, va per-
mettre à cette école de mettre à la disposition des
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Idées-débats

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l’identitaire
officiers de la colonisation, devenus des «explora-
teurs scientifiques» de l’Algérie, tout support d’in-
formations réfléchissant le passé des hommes et
des espaces conquis. Le profil du nationalisme de
l’époqueconstituéd’influencesreligieuses,endépit
del’influencestructurelledel’Islam,etsafarouche
résistance, notamment culturelle, compliquèrent
encore plus la tâche coloniale d’imprégnation de
l’identité. Le pionnier de l’ethnologie coloniale, le
capitaine (en 1837) E. de Neveu, (que nous avons
arabiséetrééditéen2005auxéditionsDaralHouda)
reconnaissait que l’histoire de cette période était
embourbéedanslemerveilleuxetnelaisserfiltrer
des réalités strictes que ce que recherchait la colo-
nisation.
De l’histoire coloniale à l’histoire nationale
En fait, jusqu’en 1930, l’étude des sociétés algé-
riennes dominée par l’ethnologie offre une vision
figéedel’histoire.Lespremiersécritshistoriquesen
tantquetelsneferontleurapparitionqu’àl’occasion
du centenaire de la colonisation qui coïncida avec
lanaissancedumouvementnational.Pourlespion-
niers du nationalisme algérien, l’histoire va servir
derecourspourrevendiqueretaffirmerl’arabitéet
l’islamité de l’Algérie. Depuis le libellé, adressé en
1834, à l’administration coloniale (qui sera publié
quelques années plus tard sous le titre du Miroir),
à travers lequel «le gentleman» Hamdane Khudja
voulait convaincre le Sénat français de la «non-co-
lonisabilité»del’Algérie(conceptformuléplustard,
dans les années 1960, par Malek Benabi), jusqu’à
l’indépendance, l’histoire apparaissant, en fait,
comme un réquisitoire négociant avec le colonia-
lisme des prérogatives et débattant de l’originalité
de la culture autochtone. Noureddine Abdelkader,
Muhammad Al Djazaïri, fils de l’Emir Abdelkader,
Tawfiq al Madani et Mouloud Kassim «mythe fon-
dateur de l’Algérie-précoloniale superpuissance»,
entre autres… furent les pionniers de cette his-
toire nationaliste de plaidoirie. Depuis, l’idéologie
nationale paralyse la dynamique de la réflexion
historique en la réduisant à l’apologie. Elle était
d’autant plus latente, voire brouillante lorsqu’elle
cohabitait avec l’idéologie socialiste et l’arabisme
des années 1970.
Discours historique et idéologie nationale
Auxpassionsnationalistes,quiestampèrentlafiabi-
litédudiscourshistorique,serelieprogressivement
l’idéologie nationale de l’unanimité, incarnée par
le parti-Etat (FLN) toujours divisé entre diverses
tendancesrivalisantlalégitimitéhistorique.Beau-
coupd’acteursdeviennentlesgriotsdecettehistoire
vernieglorieusedufaitdeleurrôlehistoriqueetde
la place prépondérante que ces derniers occupent
dansl’Etatpostcolonial.Ainsi,lediscoursd’unehis-
toire soucieuse de légitimation politique domine
touteslessphèrestribunitiennesdel’Etat.L’Etat-FLN
et ses agents ne sont pas les seuls accapareurs du
discourshistorique,dèslesannées1980,l’idéologie
nationale se trouve concurrencée par le discours
islamiste qui avait tendance à supplanter la tradi-
tion généalogique des lignées nobiliaires exaltant
les vertus des saints mythes fondateurs et de la
noblesse chérifienne. L’importance politique du
mouvement islamiste, pendant les vingt dernières
années,expliquepoursapartlebasculementdela
traditionpopulairequiserévèleparfoiscommeune
forme d’historicité spontanée, vers une tradition
extrapolée. Entre historicité et discours politique
se noue une perpétuelle complicité, une sorte de
symbiose imbriquant l’un dans l’autre.
Cetteperpétuellecomplicitésembletrouverjustifica-
tiondansunemaximed’IbnKhaldounselonlaquelle
«lapolitiqueestl’histoired’aujourd’hui,etl’histoire
estlapolitiqued’hier.»Quoiqu’ilensoit,endehors
des jeux idéologiques, l’identité algérienne résulte
d’uncumulhistoriqueaussiricheetd’uneculturalité
aussicomplexe.EtdepuisleXVIesiècle,ellen’apas
cessé de faire bon ménage, dans le Panthéon des
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En ce Yannayer 2962, l’idéologie complique la donne politique et parasite
l’identitaire
hautsfaits,avecleglaive,lesacréetlenobiliaire.Les
Turco-Ottomans, ces «semi-Européens» qui firent
soucheavecl’élémentlocal,laissèrentleursmarques
d’urbanité. Culturalité qui sera transférée par les
Kul-Ougli (métis turco-algériens), prolongée et re-
prisedanslestempsprésentsàtraversnotamment
larichegastronomie(kôfta,baklawa,burak,kebab,
.etc., tous des noms turcs) et la couture chevalière
enfildoré(starzi:bashtarzi=tailleur).Cependant,
l’histoirenationale,notammentcelleduXXesiècle
ne semble pas avoir l’esprit du temps unitaire par
l’oppositiondestendancestraditionalistesetmoder-
nistesenluttelesunescontrelesautresauxquelles
s’ajoutentlesproblèmesdescourantsnationalistes,
parfois substantiellement opposés sur le fond, qui
marquèrent l’attitude mentale des peuples.
Plurielle, l’identité algérienne s’était déclinée au
coursdelacolonisationsousdiversesformes:ber-
bérisme (crise berbériste en 1945), islamisme avec
les ulémas, arabisme et nationalisme avec l’Emir
Khaled,MessaliHadj,libéralisme,versionFerhatAb-
bas,etenfin,«nationalismepopuliste»avecleFLN,
pourreprendreletitredel’ouvragedeMohammed
Harbi.Lenationalismeétaitdevenuunmécanisme
idéologique,d’instrumentationetd’imposition.En
réactionauxdénégationsdel’identiténationalepar
lecolonialismefrançais,quiestalléjusqu’àdécréter
l’arabelangueétrangèreenAlgérie,etlesBerbères
plus proches des Gaulois qu’ils ne l’étaient envers
leurscoreligionnaires,lepouvoirs’étaitempresséde
rassemblerlesAlgérienssousl’étendardunioniste,
faisantfideladiversitéculturelleetdesaspirations
spécifiquesdesdifférentes«minoritésnationales».
L’unité«depenséeetd’action»,appliquéependantla
guerred’indépendance(1954-1962),estreconduite
dans l’Algérie indépendante. Les différences et les
identités individuelles, collectives, de catégories
sociales et de classes, n’étaient pas des privilèges
pour l’Etat.
Lesvraiespréoccupationsétaient«l’unitédesrangs»
face à des ennemis réels et supposés. Le pouvoir
n’est certes pas le seul à cultiver le mythe d’une
histoirelisse,glorieuse,magnifiée,unitairedepuis
l’époque ziyanide (XIIIe-XVIe). D’autres tendances
danslasociétéalgérienneontleurspropresmythes
idéologiques.Cesdivergencestiennentaufaitqu’il
n’y avait jamais eu un vrai débat sur la question
sensible de l’identité algérienne. Elle a été refou-
lée jusqu’au bout. Il fallait attendre le «Printemps
berbère de 1980» pour qu’elle se trouve ramenée
brutalement sur le tapis des controverses. Les isla-
mistes impliqués dans le jeu de la récupération la
posèrent, eux aussi, à leur manière, avant de s’en-
gager dans une épreuve de force sanglante pour
le pouvoir. A l’histoire de l’Algérie, les différentes
forces politiques qui s’y affrontent lui font subir
une sévère sélection ; sélection des événements en
fonction de leurs intérêts, mais aussi sélection de
la mémoire collective et sa manipulation à des fins
partisanes.
«L’islahisme», le réformisme, tel qu’il a était conçu
parlesulémas,danslesannéestrente,tropportésur
lesespérancesetl’applicationdel’orthodoxie,mal
assimiléeparunpeupleaccrochéaucultedusaint,
fut, à partir des années 1950, escamoté par l’esprit
dedjihad.Fortmarquant,cetespritdebarakaallait
même imprégner le mythe de l’héroïsme comme
référence identitaire. La résistance anticoloniale
devient pour l’identité plus qu’un aspect saillant,
unétatd’espritexaltantl’identitédanslacohérence
nationale.Carenvérité,dansl’imaginairedel’Etat
algérien, la culture commune des Algériens est et
reste des principes subsidiaires de «l’histoire-ac-
tion» puisés dans le principe du djihad contre le
mécréant depuis les conquêtes musulmanes, puis
danslefondementdelaguerredelibération.«L’ac-
culturation»étaittellequel’amalgameentreidentité
et mouvement social se confonde.
En fait, l’entretien de la confusion identitaire
conduit à la confusion politique, qui s’installe sous
lesformeslesplusarchaïquesetviceversa,l’échec
politiqueconduitàlaméventedel’identité.Laprise
le 21.01.12 | 01h00
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En ce Yannayer 2962, l’idéologie complique la donne politique et parasite
l’identitaire
en charge de l’identité nationale par le jeune Etat
algérien relève plus du ravaudage idéologique et
de la complaisance dogmatique. Son but n’est pas
d’éclairerlesgénérationsmontantessurlestenants
etlesaboutissantsdupassédelanationalgérienne,
mais de leur présenter et inculquer une identité
imaginaire, construite selon les réquisits des pré-
supposésidéologiquesdelageste«héroïque».Cette
identité construite et enseignée s’apparente plus à
un endoctrinement visant à enrôler le peuple au
service de l’Etat-nation qu’à lui faire prendre de
sa capacité à réfléchir sur des pans entiers de son
existence. Ce moule rigide dans lequel on essaie
d’enfermer l’identité nationale, ce carcan idéolo-
gique du nationalisme restreint, nous fait songer
au sillage tracé par le jacobinisme français, cher à
Jules Ferry (1832-1893).
L’obsessiondel’uniténationaleexpliquelesconces-
sions conjoncturelles faites ici et là à certaines re-
vendications culturalistes, notamment berbères,
mais qui ne s’accompagnent pas d’une véritable
ouverturedémocratiquesurl’ensembledelasociété
civileetpolitique.Ilest,eneffet,plusfaciled’accéder
et de répondre à des demandes culturalistes qu’à
des demandes politiques, de refonte profonde. La
raison en est simple, c’est que les revendications
culturellesn’entraventpaslasouverainetédel’Etat,
parce que l’unité politique est territoriale et non
culturelle.Cequiconditionne,eneffet,leréflexede
l’Etatalgérien,malgrél’introductiondupluralisme,
c’esttoujourssapérennitéau-dessusdetoutepréro-
gative culturelle ou identitaire. De ce qui précède,
onvoitquesil’identitéalgérienneestencrise,c’est
parce qu’elle est liée non seulement aux séquelles
de la colonisation, mais c’est parce que l’idéologie
unitaire et jacobine de l’Etat ne répond plus aux
demandesidentitairesquinesontpasuniques,mais
plurielles.
La révolte dite «berbère», qui se poursuit encore
sous diverses formes, pacifiques ou violentes, et
la réaction fondamentaliste sont là pour rappeler
l’échec quant à la gestion identitaire de la nation
algériennedontonavudanssarichediversitécultu-
relle et «ethnique» non pas une chance ou une ri-
chessepourl’Algérie,maisunfermentdedissolution
des bases étatiques. C’est oublier que les Algériens
ont vécu depuis des siècles et des siècles sans que
leurs différences tribales ou ethniques les eussent
empêchésdes’affirmeralgériensetdecombattreà
l’unissonlesconquérantssuccessifs.C’estquel’Islam
a toujours constitué un véritable ciment entre les
différents fragments de la société algérienne. Les
militants «laïques» aussi bien «culturalistes» que
«progressistes», mais aussi «traditionalistes», bien
sûr, utilisent leurs usages politiques spécifiques et
proposent des recettes toutes faites pour résoudre
le problème de l’identité.
Ces modèles, souvent théoriques, sont posés en
termesidéologiquesettoujourspassionnémentop-
posésàlapartieadverse. Auniveaudecessphères,
laquestionidentitairen’ajamaisétéapprochéeen
termes politiques, au sens noble de ce mot. Elle est
réduite au stade des polémiques entre «laïcs» et
«islamistes»ouencoreentermesde«nationalistes»
et«berbéristes»dontlesrevendicationsdemeurent
souvent imaginaires, voire abusives.Comme le té-
moignentlescirconstancesdanslesquellesétaitcé-
lébré Yanayer 2962, (qui bizarrement symbolise et
coïncideaveclecinquantièmeanniversairedel’in-
dépendance, 62) jonchées d’incidents entre cultu-
ralistes et islamistes se revendiquant de la nahda
(renaissance ?) (exp. événements de Batna, voir El
Watandu13janvier),l’idéologiemanipuléesubtili-
séeparl’oligarchiedétenantlesrègnesdupouvoir,
tantôtpopulistetantôtislamiste,demeurelepremier
élément perturbateur de l’identité, elle incarne la
pierrequibouchelasource;vouelesocialàl’anky-
lose et le politique au perpétuel blocage. A contre
courantdel’histoireetdelalogiquegéostratégique,
«le printemps algérien» semble tarder pour venir
avec beaucoup plus de tempête qu’à l’ordinaire.
(*)Historien-anthropologue.DirecteurduLabo
d’étudeetderecherchesocio-historiquesetmou-
vementsmigratoires,université de Constantine
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