Publié par : iferhounene | 25 août 2012

Zahra : la charmante enfant des Quinquégentiens(Djurdjura): chap 5 : « dans un accès de démence

Iferhounene Quinquégentiens a écrit :

Zahra, la charmante enfant des Quinquégentiens (Djurdjura)
Pragraphe 5 : Dans un accès de démence

La caravane, composée de plusieurs voitures et qui emporta Zahra viend de franchir le col de Tizi Bouirene à l’instant, laissant derrière elle, un nuage de poussière, et un bruit agaçant de klaxons. En temps normal Nour aurait perçu ces multiples klaxons comme une symphonie musicale comme dans les précédentes fêtes auxquelles il avait assisté, et participé en dansant. Il s’est pas rendu compte encore que c’était pour un temps très court que cette joie partagée avec les villageois, des moments de joie éphémères.
Maintenant , et pendant que chacun vaquait à ses occupations Nour ne songeait plus qu’à son amour Zahra. Rien autour de lui n’avait plus aucun sens. Le choc était tellement fort qu’il ne pouvait même pas appréhender le dur réveil qui l’attendait et qui allait être encore plus violent, plus meurtrier.
Personne autour de lui n’avait rien compris. Ces villageois, bloqués dans leurs convictions archaïques depuis des siècles, ne songeraient même pas qu’il pouvait y avoir quelqu’un qui aime dans ces parages. Des coins les plus reculés de la planète. Tous se sont accordés dans un même élan brutal à préparer la mariée « la vendue », pour le moment fatidique : le viol légal et légitime. Puis tout le monde ira s’occuper dans son petit coin, et l’on viendra ensuite saluer les vieux alignés dans la djemââ, comme si de rien n’était. Une de moins, c’est déjà un exploit. Mais faut encore attendre quelques mois, des fois quelques années pour voir si la progéniture féminine placée dans son futur foyer va enfin s’éterniser, puis disparaitre progressivement de l’esprit des villageois.
Enfin la femelle commençera à procréer, ce sera encore un autre pas franchi dans l’insertion définitive de sa progéniture.
Pour mieux s’assurer la stabilité des filles nouvellement mariées, on rassure le nouveau marié qu’il dispose de sa compagne, désormais comme de sa chèvre, de son âne ou de son propre porte-monnaie. « S’elle ne t’obéit pas, libre à toi de la frapper ou même de la tuer ».
De retour au village Nour, se glissa furtivement, comme un voleur dans sa chambre, située au premier étage d’une construction kabyle, dite thaghoufats.
C’est dans cette unique pièce qu’il occupait depuis quelques temps à cause de ses études, et pour ne pas être dérangé, que toute la vaisselle de la famille a été rangée en piles à même le sol. Les armoires, encore plus les salles à manger n’étaient pas encore très utilisées dans cette contrée qui sort du moyen Age.
L’idée lui vint comme une sorte d’eurêka inconscient, de calmer ses nerfs sur quelques objets fragiles à briser. Le tas d’assiettes pilé minutieusement lui emplissait subitement la vue. C’est alors qu’il commença à briser toutes les assiettes une a une, dans un bruit de porcelaine que l’on pouvait entendre de loin.
Dans la maison kabyle, en terre et en pierre larges, couverte de tuiles artisanales, arrondies, de couleur rouge ocre, faisait sa sieste le « petit grand père « de Nour. Le bruit de porcelaine qui se brisait lui parvint à l’oreille. Comme pour mieux comprendre la réaction de son petit fils, à cet amour brisé, il posa la question de savoir qui est dans la chambre voisine ? La réponse a laquelle il s’y attendait lui confirma son appréhension « c’est Nour qui vient de rentrer »
Il ne chercha plus à savoir plus, puisque le petit vieux sait tout et devinait, lui qui a cumulé 95 ans d’expériences de vies d’orphelin démuni.
« Pour vu qu’il se calme » se dit-il au fonds de lui. Quant à la vaisselle, elle est remplaçable » continua t il pour se réconforter.
Enfin, Nour décida de sortir âpres qu’il n’eut plus rien à briser dans la pièce qu’il occupait. En sortant, le hasard l’a t il voulu ainsi?, il croisa le regard de son petit grand père, qui devina immédiatement son chagrin. Le petit vieux pouvait lire les pensées de ses petits enfants. Mais il se garde de tomber dans le sentimentalisme dont il a toujours pensé, qu’il ne forme pas l’endurance et ne forge pas la personnalité. Une seule phrase pour montrer sa solidarité et sa compassion avec son petit fils Nour « maudits soient-ils ces gens qui cherchent à rendre fou mon enfant ! » le petit vieux connaissait parfaitement les causses du grand chagrin de son petit fils Nourr, pour avoir participé aux tractations avec les notables du village pour convaincre « dieu le père » de la bien aime Zahra.
Le refus ne pouvait être plus catégorique « je jure que personne au village n’aura la main de ma fille.
Nour se précipite comme un fou vers la djemââ, mais ce n’était pas à vrai dire son but. La djemââ n’était qu’un passage obligé pour aller plus loin, dans un champ peut être ? Mais plus aucun champ ne représentait pour lui un lieur de fuite, tant le stress qui l’avait envahi était insurmontable. C’est le village qu’il faudra de suite quitter pensait-il. Chaque lieu, chaque ruelle, chaque arbre, chaque maison avaient pour lui la forme d’individus curieux, bêtes et incompréhensifs qui le dévisageait, le fixaient intensément pour le narguer. Il lui semblait que chaque regard posé sur lui, étaient pour lui rappeler la l’événement insupportable : la disparition a jamais de Zahra cette idée l’obsédait au plus point. Il ne pouvait plus supporter cet environnement électrique, envoutante…
Chemin faisant , non loin de la fontaine du village il rencontra comme pour marquer davantage sa douleur , « dieu le père » de sa bien aimée Zahra. Les larmes aux eux, il ne s’est pas rendu compte comment il a pu s’empêcher d’aborder spontanément pour obtenir la réponse à la question qui lui hantait l’esprit :
« pourquoi ne veux-tu pas m’accorder la main de Zahra ? Sais tu que j’ai depuis longtemps souhaité l’épouser. Que je l’aime !Que je ne peux supporter son absence ?
Le petit vieux, imperturbable, presque mécaniquement lui rependit en ces termes « pourquoi ne m’as-tu pas averti tôt ? D’autres ont demandé la main de ma fille avant toi.
C’était là les seules paroles échangées entre Nour et le petit vieux. Ils se quittèrent comme si les deux, acceptèrent le coup de la fatalité.

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