Publié par : iferhounene | 2 octobre 2012

Baya Boutaleb

Au cœur du terrorisme (1991-1999)

De Tlemcen à Montréal : angoisses et espoirs

Edition : j’ai su

Dédicace :

A es enfants chéris

A mon père  et ma mère,mon beau et ma belle mère qui ont été pour nous d’un soutien indéfectible tout le long de cette épreuve

A mes amis

Je dédie cette modeste œuvre

 

 INTRODUCTION

 L’homme avec qui j’ai partagé trente années d’une vie heureuse et avec qui j’ai eu quatre adorables enfants a changé. Ishaq se sentait prisonnier, enfermé dans une tour d’ivoire. Il ne supportait plus vivre dans un pays où tout lui devenait insipide, où les valeurs intrinsèques de l’individu étaient bafouées. Il choisit de tout quitter pour le bonheur de sa famille. Au fil des jours, la fréquence de ses crises de nerf avait diminué. Son calme apparent cachait quelque chose d’étrange, cela ne lui ressemblait pas. Je mettais ce changement d’attitude sur le compte de la situation explosive du pays et du stress auquel il était confronté quotidiennement. Le temps passait et son comportement devenait de plus en plus inquiétant. Je sentais qu’une dispute était sur le point d’éclater.

C’était une magnifique journée de printemps. Ishaq et moi prenions notre  petit-déjeuner lorsqu’il se le leva brusquement et me dit d’une voix étranglée, à peine audible.

-Je n’en peux plus, nous partons, nous quittons ce pays.

Avec un sourire rempli  de tristesse, il m’attira en me serrant tendrement contre sa poitrine. Il fallait que je réagisse vite pour ne pas tomber dans son piège.  Sous le feu ardent de  mon regard inquisiteur. Embrasé, et excédée je le repoussai doucement mais résolument.

-Qu’est-ce que tu me racontes là, nous partons où?

L’air abattu, il fixa sa tasse de café puis me répondit.

-Nous émigrons au Canada.

-Ce projet est insensé, à la quarantaine nous ne sommes plus en âge d’émigrer.

-Détrompe-toi, nous sommes de bons candidats à l’immigration : me répondit-il sur un ton excédé. Nous avons des diplômes universitaires et une longue expérience de travail. Et nos enfants sont de beaux adolescents éduqués et instruits. 

-D’accord mais nous avons de grands enfants et c’est moins facile qu’avec les petits et puis, tu es ophtalmologiste, il te sera difficile pour avoir la même chose là bas.  A notre âge nous avons moins l’esprit de sacrifice que quand on est plein de fougue.

-Nous avons assez de ressources et une bonne faculté d’adaptation pour faire face à la situation, alors je pense vraiment, que nous devrions faire le saut.

Son regard rougeoyant et ses yeux gonflés par l’insomnie me préoccupaient.

Il m’attira de nouveau vers lui puis nous mêlâmes nos larmes pour libérer le trop plein de chagrin. Lorsque nous  reprîmes nos esprits, aucun mot ne sortait de nos gorges serrées tant nous étions abattus. Le gouffre se creusait profondément, risquant de nous entraîner vers le bas. Une intuition me chuchotait tout au fond de mon cœur que cela n’augurait rien de bon.

Les dès étaient jetés ; je ne me sentais  pas en mesure de lutter contre la fatalité qui s’abattait sur nos têtes. La décision d’Ishaq était irrévocablement prise et rien ni personne ne le ferait changer d’avis, et tergiverser ne conjurerait pas le mauvais sort. Face à l’infortune, deux choix se présentaient à moi ; le suivre dans sa folle aventure ou l’abandonner à sa destinée.

Les mois passèrent et le départ vers l’inconnu devenait inévitable. Les doutes et les incertitudes habillèrent mon cœur de noir et accompagnèrent chacun de mes pas.

Le destin entra par la porte sans frapper et s’installa confortablement dans mon antre sans y être convié. En jetant son dévolu sur ma famille, il bouleversa sa quiétude et changea le cours de son existence. Ni les sortilèges ni les incantations ne viendront à bout de cet adversaire redoutable et ne parviendront à le faire dévier de sa trajectoire.

J’ai longtemps résisté à sa décision de vouloir partir. Je m’accrochais à l’infime espoir de me libérer de la sangsue qui (S) m’agrippait à la gorge et ne voulait pas lâcher prise.

La quête du bonheur déchira nos projets à peine entamés, les  remplaçant (PAR) en de terrifiants cauchemars. Nos rêves volèrent en éclat, emplissant nos âmes de grisaille. Heureusement, la mémoire des temps heureux nous aide à nous extirper de l’abysse des regrets et à surmonter la mélancolie.

Quelques mois à peine après l’installation dans notre nouvelle patrie, le mur des souvenirs se fendilla, la nostalgie aspergea mon cœur d’amertume. A l’ombre de mes rêves, l’avenir semblait lointain et incertain. Le paradis dont il rêvait semblait utopique sans la reconnaissance de ses diplômes de médecine. C’était là la douloureuse inconnue à laquelle Ishaq mon cher mari ne s’était pas préparé.

Et commença alors une longue période de scepticisme et d errements sans but précis

  —

Chapitre I : Entre le marteau et l’enclume

 Les jours s’écoulaient sans bruit. La brume couvrait la ville de son voile au reflet pâle. D’un pas pressé, Isa et moi arpentions la ruelle encore déserte pour nous rendre à la clinique. Huit heures du matin, le personnel n’était pas encore arrivé et la file des patients continuait de s’allonger  de plus en plus. 

A l’entrée du vestibule, une pancarte indiquait les heures d’ouverture et de fermeture : de 8 heures à midi et de 13 heures à 18 heures, sans rendez-vous. Pendant cette période de vacances de printemps, les horaires étaient un peu chamboulés. Il fallait s’armer de patience pour pouvoir faire face au flux important de patients venus des quatre coins de la région.

Dès que je mis les pieds dans mon bureau, un mauvais pressentiment m’étreignit. A la fatigue accumulée s’ajoutait la sensation bizarre que quelque chose de grave allait se produire arriver. Tout le personnel était sur le pied de guerre. Devant la réception, les patients faisaient du coude à coude pour s’inscrire. Aussi, la réceptionniste pria-t-elle l’une des infirmières de l’aider à mettre un peu d’ordre. 

A midi, les salles d’attentes étaient encore archi pleines et le brouhaha  m’empêchait de me concentrer sur mon travail. L’énervement des patients était palpable. Certains attendaient depuis plus de deux heures et leur tour était encore loin. Ils surveillaient attentivement la réceptionniste, la suspectant de faire du favoritisme et scrutant le moindre de ses gestes.

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