Publié par : iferhounene | 9 octobre 2012

L’Algerie : de Boumédiene à Bouteflika

L’Algerie : de Boumédiene à Bouteflika

 

Mon pays, l’Algérie, était indépendante depuis peu .Je retrouvai en septembre 1962 mon école mais pas toutes mes camarades ni mon enseignante madame Ben Hamou que j’admirais tant. 

Mes camarades « françaises » représentaient quelque chose comme la moitié de la classe de sixième. Mes parents habitaient ce que l’on appelait à cette époque « une zone mixte » dans laquelle des algériens « musulmans » pouvaient loger. Les populations de ces zones mixtes étaient pour la plupart des petits employés, artisans ou commerçants. La cohabitation était en générale sereine en dehors des moments de grande agitation quand les nouvelles de la guerre parvenaient jusqu’au seuil de ces modestes foyers. Les bruyants  voisins de la veille devenaient alors taciturnes et les fractures plus apparentes. Les enfants cessaient de jouer dans le patio. je devinais que ce n’était pas le moment d’aller chercher ma compagne de jeux Sabine Desulloz et que elle-même ne viendrait pas.

Elle était belle Sabine, elle sentait bon le savon de bonne qualité. Son papa était souvent absent. A cette époque les absents sont à la guerre sinon ils en sont morts. Pour le papa de Sabine, je ne l’ai jamais su.

Eté comme hiver, à la sortie des classes, les petites filles jouaient aux jeux de saison. Sabine sortait parfois ses belles poupées et nous leur racontions les histoires merveilleuses apprises par nos mamans.

De cette enfance, je garde le souvenir inachevé d’avoir côtoyé des familles « françaises » sans rien savoir de leur vie. Les enfants « musulmans » et « français » jouaient ensemble mais leurs parents n’avaient presque pas de relations à l’exception d’une seule famille française que nous appelions les communistes et dont, père, mère et enfants se mêlaient aux « musulmans »   

Les nouvelles de la guerre devenaient plus précises. Des voisins « arabes » disparaissaient, d’autres recevaient la visite de leur famille dans les prisons. Nous apprenions des mots nouveaux : chahid, moudjahid, harki, sans trop oser poser de questions à nos parents.

Et puis, il y eut le jour de l’Indépendance. Sabine et les familles « françaises » étaient déjà parties dans la précipitation. D’autres familles algériennes ont occupées leurs logements. Je me demandais secrètement si les poupées de Sabine y étaient encore quand leur maison a été occupée.

Je n’oublierai jamais cette rentrée scolaire. Tous les enfants de six ans, garçons et filles, étaient admis. Les adultes les accompagnaient fièrement. Le nouveau régime algérien en faisait un principe.

Dans ma classe, il ne restait plus que la moitié des élèves. La belle madame Ben Hamou a été remplacée par un vieux monsieur érudit et discret. Avant cela il était l’adjoint du cadi. Il nous enseignait toutes les matières en français et une matière supplémentaire : l’arabe. Nous étions intrigués par ces nouvelles lettres écrites de gauche à droite. Nous l’appelions l’arabe de l’école pour la différencier de l’arabe parlé à la maison. Très peu d’entre nous maîtrisait la langue nationale. La quasi-totalité des parents l’ignoraient complètement

Puis arrivèrent d’autres enseignants, pour la plupart des coopérants français et égyptiens. L’école gratuite pour tous devint un crédo. La qualité de l’enseignement de moins en moins au rendez- vous. 

 Je n’ai pas pour autant oublié Sabine. Elle était une bonne élève et je me disais  qu’elle a surement réussie dans ses études et dans sa vie de femme. Je la retrouverai des années plus tard à Alger. Elle participait à une délégation d’observateurs européens des élections législatives et dont je ne me souviens plus de la date tant elles se ressemblent toutes. Elle visita notre ville natale et repartit meurtrie.

Dans l’Algérie « des industries industrialisantes » nous souffrions de pénuries de tous genres : logements, produits alimentaires, médicaments, et pièces de rechanges de voitures importées pour les hauts cadres et relais de l’Etat. Les pères et mères consacraient une grande partie de leurs journées à attendre dans les magasins de l’Etat l’arrivée épisodique de  quelques denrées précieuses : viande congelée d’Australie, plaquettes d’œufs, verres de table ……….Il pouvaient également avoir des produits nouveaux, inusités jusque-là et que nos parents s’habitueront à consommer. Nos mamans ne savaient pas toujours que certains fromages se consomment sans cuisson.

A la télévision et dans les journaux tous publics, la construction de notre pays ne faisait aucun doute. Les adultes qui nous entouraient ne semblaient pas tous convaincus en dépit des efforts de persuasion des responsables du parti unique le FLN. De grandes entreprises publiques dites nationales sont créées. Elles étaient grandes et employaient beaucoup de personnes .Elles étaient  selon les experts nationaux et étrangers accrédités, le levier pour la mise en place de l’industrie algérienne. De 1965, date du coup d’état militaire officiellement « redressement révolutionnaire », jusqu’en en 1978, le pays investit dans l’industrie lourde qui, officiellement et à l’unanimité profitera inéluctablement à tous les autres secteurs de l’activité économique.En 1979 tout s’arrêta.

 Mes camarades algériens, garçons et filles ont, tous bénéficié de la gratuité des études supérieures. Les taux de réussite au baccalauréat étaient fantastiques. De nouvelles universités sont construites.

Comme l’école, la médecine était gratuite et les médicaments disponibles remboursés .Dans les hôpitaux, la célérité des soins et la présence des rares professeurs sont fréquemment fonction de l’importance du malade et de ses relations.

A l’âge adulte, nous trouvions d’office un emploi à vie. L’Etat était quasiment le seul employeur. Il fixait les prix, les salaires et les primes.

 Fatima devint médecin généraliste à l’hôpital Mustapha, khadidja procureur au tribunal d’Alger, Mohammed enseignant à l’université et moi-même employée de banque.

Nous faisions partie des privilégiés .Nous avions un logement dans la même cité à la périphérie d’Alger et espérions acquérir un jour une voiture pour éviter l’enfer des transports en commun.

Et puis notre pays connut de profonds changements. Les idéologues patentés du socialisme devinrent discrets. Pour d’autres « experts », et parfois les mêmes, désormais, l’algérien veut consommer et voyager.

A cette période, Fatima, son mari et ses deux fillettes découvrent l’avion et Paris. Ils bénéficient de l’allocation touristique nouvellement instituée et dont le montant dérisoire en francs français n’a jamais empêché les familles de revenir avec des valises pleines de vêtements, chocolats et quantités de savonnettes à offrir à chaque visiteur .La boulimie de consommation était à son comble et les  aéroports encombrés de valises, sacs et cartons.  

A son retour, Fatima nous montra ses nombreux achats, nous offrit des chocolats et des savonnettes Son mari semblait heureux d’avoir enfin trouvé les pièces pour réparer sa vieille voiture d’occasion.

Et puis, la vie reprit son cours normal. Assia, l’épouse de notre ami et voisin Mohammed accoucha sans stress, d’un petit Lotfi. Fatima, médecin, avait préalablement à son admission pris le soin d’amadouer le personnel para médical tristement célèbre dans tous les hôpitaux du pays .Quand le bébé eut tous ses vaccins, Fatima conseilla fortement à ses parents de le sortir à cause du manque d’hygiène. L’exécrable nourriture servie dans le service de la maternité finit par convaincre la maman.  

Entourée d’épouses et de mères, mon célibat commençait à déranger mes parents et particulièrement ma maman qui ne savait plus quoi inventer pour convaincre tout notre entourage que les demandes en mariage ne manquaient pas et que je prenais mon temps pour choisir le meilleur parti .En réalité, mon travail et mon besoin d’indépendance incompatible avec le code de la famille nouvellement promulgué refroidissaient les plus ardents prétendants .Pour se marier, les jeunes femmes de mon âge devaient être entourées d’enfants ou d’autres femmes et non travailler dans des bureaux avec presque exclusivement des hommes .Le désespoir de ma pauvre mère grandissait avec le temps .              

Mon travail à la banque consistait à étudier les demandes de crédit des entreprises privées clientes et d’émettre un avis sur la base des dossiers remis. Officiellement, le pays encourageait les initiatives privées. Dans la réalité,  seules les personnes introduites bénéficiaient des crédits de la banque, souvent  sans aucune garantie .Ces entreprises n’étaient pas viables et les remboursements de crédit presque inimaginables .Les banques croulaient sous le poids des créances des entreprises publiques totalement déstructurées et des entreprises privées appartenant à des personnes proches du pouvoir .Des années plus tard on menaça à maintes reprises de les privatiser. On ne le fit pas.

Nos responsables savaient comment été distribués les crédits, ils n’approuvaient pas mais ne désapprouvaient pas non plus .D’ailleurs, pendant plus de vingt années de banque, je n’ai jamais vu l’un d’entre eux refuser de signer. En fait, dans la plupart des cas, les bénéficiaires des crédits coptent les principaux responsables des banques publiques qui répercutent verbalement les consignes à leurs subalternes.             

Comme pour ce type de clientèle, les crédits consentis aux entreprises publiques ne répondaient à aucune logique économique. Dans la majorité des cas le Trésor public assurait des salaires fixés à une pléthore d’employés rarement formés. Les grandes entreprises se contentaient de maintenir en activité leur appareils de production .Les importations de pièces de rechange se substituaient à l’investissement .La consommation prenait peu à peu le pas.    

Dans ce contexte, je menais sans trop de difficultés et sans motivations une petite carrière de cadre moyen .L’encadrement supérieur étant plutôt assuré par les hommes parfois moins diplômés et avec moins d’années d’expériences. Les journées nous paraissaient d’autant plus longues que seule notre présence physique était obligatoire. Les absences des personnes peu ou pas recommandées pouvaient donner lieu à des ponctions sur salaires mais jamais à une rupture du contrat de travail. Les licenciements économiques inconnus et le plein emploi toujours la règle      

 

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